Ce n'est plus le monde parallèle mais bon
Oui, maintenant j'aime ce que je fais, pourtant...

...parfois j'ai quand même de puissantes envies de liberté. Toujours ces "allez...c'est qu'un an" lancés tous les 12 mois; ces retournements de situation qui font qu'au moins sur un côté de la vie on retombe quand même sur ses pieds: toujours autant de boulot.
De drôles de rapports avec le sommeil.
Remarque
Quand je joue machinalement c'est que je vis machinalement: j'aime pas trop ça.
("machinalement": c'est un peut ironique vu que c'est la sensation de montagne russe qui revient en plus...)
Sons
Dernièrement la vie, sans plus, sans me poser trop de questions.
- Tu mens Logan.
Et un énervement.
C'est la première fois que des travaux m'écorchent à ce point. Et puis j'ai raté, au piano. Le son de la pédale qui couine (depuis plusieurs mois, allez savoir ce qu'il lui a pris à celle là, mais aujourd'hui je ne la supportais plus), ce Fa qui se bloque. Je suis resté planté comme un con devant le clavier: "Dios...qué fracaso...".
Dans la chambre, le ciel gris qui insiste. Je dois allumer la lumière de l'enfermement: "ya empieza la tristeza?". L'oubli de ce que je voulais écrire, je ne supporte pas ça.
Ces sons étouffants m'ont alors rappelé ce passage que j'avais aimé dans Pedro Páramo, de Juan Rulfo.
On entre dans ce livre comme dans un film: "Vine a Comala porque me dijeron que acá vivía mi padre, un tal Pedro Páramo.". Et à un moment la description sonore, ce que j'essaye de toucher dernièrement avec la voix du piano:
"Me senté en el suelo a esperar el sueño.
Dormí a pausas.
En una de esas pausas fue cuando oí el grito. Era un grito arrastrado como el alarido de algún borracho(...).
Me enderecé de prisa porque casi lo oí junto a mis orejas; pudo haber sido en la calle; pero yo lo oí aquí, untado a las paredes de mi cuarto. Al despertar, todo estaba en silencio; sólo el caer de la polilla y el rumor del silencio.
No, no era posible calcular la hondura del silencio que produjo aquel grito. Como si la tierra se hubiera vaciado de su aire. Ningún sonido; ni el del resuello, ni el del latir del corazón; como si se detuviera el mismo ruido de la consciencia."
C'est reparti pour un tour
Le fait de s'enfermer permet au moins de regarder ce qui nous entoure, et même là on découvre des choses.
Depuis quelque temps je fais des photos de ce quotidien, et je pensais que les mettre ici me permettrait au moins de conserver une certaine activité, en même temps que de relancer celle du photolog, étant donné le peu de temps qu'il me reste pour écrire. Un regard est bien plus rapide.
Alors voilà. La section quotidien est née dans la Minute Imagée. J'ai hésité à imposer un classement, parce que le quotidien n'est qu'un vaste mélange de diverses sensations, mais l'instinct de conservation a pris le dessus. Je commence donc par une petite évasion.
Plus tard on aura vécu dans cette ville, on y aura habité
Il est déçu.
Il se promène pour trouver ce qu'il rate quand la recherche lui a manqué. Il est déçu parce qu'autour il n'y a rien de ce qu'il voudrait rêver, et il ne sait plus quoi rêver parce qu'il n'habite pas dans cette ville. Alors il se met à songer qu'il n'y habite pas encore. C'en est assez des promesses et du provisoire, assez de ne pas apprendre à marcher dans ces rues. Il aime mais se demande parfois quoi. Quand le noir orangé qui symbolise l'enfermement, la nuit, s'offre à nouveau à lui il voudrait y retourner. On lui promet trop.
Il est déçu.
Apprendre à comprendre
Ces dernières années j'ai appris à être plus honnête envers moi-même, à savoir pourquoi je me tais, à m'avouer qu'un secret n'en est véritablement un que si même son existence est cachée, et que je ne me sens pur que lorsque je le preserve des signes accusateurs qui me répugnent, qui le trahissent et me salissent. Paradoxalement, c'est de cette façon que j'ai aussi appris à assumer, accepter et oublier, à relativiser et détacher de l'importance à certaines choses, me permettant ainsi d'être franc ou bien de me taire, mais en tout cas de me décider et ça, ça fait un bien fou.
- Mais la chose reste là, absurde et révolue...(n'ont pas su quoi dire; rien à dire)
Peut-être encore aurait-il fallu (ou faut-il encore) apprendre ce qu'est réellement un secret.
Ce mur avait l'air solide

Des fois on croit qu'une chose est robuste...Tout le monde peut se tromper.
- Personne n'est parfait.
Le choc des cultures
Notre famille est issue d'un curieux mélange, celui des cultures française et péruvienne. Ajoutez à ça les années vécues et assimilées en Espagne, voire en Belgique, ainsi que les nombreux voyages de chacun, on aboutit à un joli bordel identitaire, n'ayons pas peur des mots, où ma mère aime à se définir comme "citoyenne de sa famille".
Nous étions assis autour d'une table vidée de son déjeuner à la surface de laquelle seul le café subsistait, avec d'un côté la famille française, et de l'autre des amis espagnols. La discussion déboucha sur cette coutume encore très présente en Espagne et limite mal vue en France selon laquelle au moins trois générations vivent sous le même toit, à savoir l'hébergement des anciens. Et puis l'histoire de ma tante est arrivée.
Elle habite loin là-bas, à Lima, la ville que je ne connais que triste et où la vie curieusement s'en détache pour exprimer un certain chant, une joie-en-dépit-de...
Elle a consacré sa vie, je ne sais pas trop pourquoi mais c'est "volontaire", à s'occuper de mes grands-parents. Je dis volontaire un peu en croisant les doigts parce que peut-on vraiment appeler ainsi ce qui relève de la coutume? Bref. Cette femme est la plus jeune de 9 frères et soeurs, et a décidé de rester sans se marier dans ce petit appartement typique de Lima, à jongler entre la vie éreintante de son travail de psychologue pédiatrique et celui de plus en plus aliénant que donnaient mes grands-parents.
Lui, mon grand-père, a toujours été un homme avec sa fierté et sa dignité, que l'on respecte à la fois que l'on aime, et qui a longtemps gardé une intelligence et une lucidité impressionnantes. Puis il a nettement faiblit, alors que l'on s'apprêtait à partir là-bas, et quand nous l'avons revu il n'avait rien gardé d'autre qu'un air désabusé. Mais il l'aimait toujours, ma grand-mère, qui prenait tant de plaisir à le chérir, dans son calme fatalement grandissant. A cette époque il n'était plus autonome. Il fallait lui faire je ne sais quelle piqûre au coucher. On dégageait la grosse couverture et c'est là que l'on découvrait leurs mains unies sous les draps.
Cette période n'a pas dû être facile pour lui, face à toute cette famille, si nombreuse, il devait se sentir en quelque sorte s'effondrer. Il n'a pas eu à la supporter trop longtemps; il est très vite partit.
¿Cómo estará el viejito?
Maintenant elle est seule, et ma tante doit s'occuper d'elle, vieille et sans occupation, inutile. Elle ne sait plus quoi dire ni quoi faire, trouve son réconfort en remerciant Dieu à chaque fois qu'on parle au téléphone à travers l'Océan, ayant plus que jamais envie que cette vaste famille s'unisse par-delà les petits conflits quotidiens qu'elle trouve à présent désespérément dérisoires, parce que le temps passe. Et quand il aura passé pour elle, il n'en restera qu'une dans cet appartement de la banlieue fleurie de la capitale: ma tante.
C'est sur cette triste histoire que nous débattions, et de nos mélanges ont surgit nos opinions.
Voyageons.
Chroniques de la violence ordinnaire
Parlons un peu télé, parce qu'il faut bien en parler, elle fait partie de la société.
Ils ont changé la pub pour Ricoré, c'est nul maintenant.
La petite émission de Maïtena Biraben "Nous ne sommes pas des anges" est géniale. Pour une fois qu'ils ne se sentent pas obligés d'avoir un public pour applaudir toutes les 20 secondes.
Et puis il y a eu le journal de 20h, aujourd'hui. J'étais endormi quand le mot "blog" a résonné à mes oreilles. Noémie et Clémence ont mis fin à leurs jours. Pour Noémie, c'est sûr: le corps a été retrouvé. Clémence est disparue pour l'instant. Elle avait ouvert un blog en faisant un compte à rebours annoncant son acte, et le dernier message l'a confirmé. Mais il n'y a eu aucun commentaire.
Plus tard, Chroniques de la violence ordinnaire. Un documentaire en plusieurs volets qui tente d'analyser la violence dans les cités. Quelque chose qui est destiné aux gens comme moi.
Je me calme. J'ai honte d'avoir dit que j'aimais les gens alors que je ne les connais pas, que je n'ai même pas fait l'effort de les aimer, que je les aime depuis derrière ma fenêtre, derrière mon écran, mon clavier et mon appareil photo. Je me calme.
Les idées humanitaires ressemblent de plus en plus à ce que je ne croyais pas qu'elles étaient. Je savais qu'il existe de l'humanitaire sans voyage, qu'en bas de chez soi il y a déjà à faire. Mais je ne suis pas de ceux qui parlent avec les clochards, et j'ai honte de prétendre aimer les gens.
Clémence...Un autre message lancé dans le vide. Je me demande jusqu'où on peut aller si l'on s'implique. Dans l'absolu, ce n'est pas la première fois que je me pose la question, mais quand un cri est lancé dans le vide de la toile, c'est autre chose. Aider là, c'est marcher sur des oeufs. Un médecin doit prendre des responsabilités, mais ce n'est pas le boulot d'un internaute voire d'un ami: on ne sait pas. On a bien eu un cours sur la prévention du suicide: il y a à savoir.
Que des question. Je me calme.