02 février 2005

Le choc des cultures

Notre famille est issue d'un curieux mélange, celui des cultures française et péruvienne. Ajoutez à ça les années vécues et assimilées en Espagne,  voire en Belgique, ainsi que les nombreux voyages de chacun, on aboutit à un joli bordel identitaire, n'ayons pas peur des mots, où ma mère aime à se définir comme "citoyenne de sa famille".

Nous étions assis autour d'une table vidée de son déjeuner à la surface de laquelle seul le café subsistait, avec d'un côté la famille française, et de l'autre des amis espagnols. La discussion déboucha sur cette coutume encore très présente en Espagne et limite mal vue en France selon laquelle au moins trois générations vivent sous le même toit, à savoir l'hébergement des anciens. Et puis l'histoire de ma tante est arrivée.
Elle habite loin là-bas, à Lima, la ville que je ne connais que triste et où la vie curieusement s'en détache pour exprimer un certain chant, une joie-en-dépit-de...
Elle a consacré sa vie, je ne sais pas trop pourquoi mais c'est "volontaire", à s'occuper de mes grands-parents. Je dis volontaire un peu en croisant les doigts parce que peut-on vraiment appeler ainsi ce qui relève de la coutume? Bref. Cette femme est la plus jeune de 9 frères et soeurs, et a décidé de rester sans se marier dans ce petit appartement typique de Lima, à jongler entre la vie éreintante de son travail de psychologue pédiatrique et celui de plus en plus aliénant que donnaient mes grands-parents.
Lui, mon grand-père, a toujours été un homme avec sa fierté et sa dignité, que l'on respecte à la fois que l'on aime, et qui a longtemps gardé une intelligence et une lucidité impressionnantes. Puis il a nettement faiblit, alors que l'on s'apprêtait à partir là-bas, et quand nous l'avons revu il n'avait rien gardé d'autre qu'un air désabusé. Mais il l'aimait toujours, ma grand-mère, qui prenait tant de plaisir à le chérir, dans son calme fatalement grandissant. A cette époque il n'était plus autonome. Il fallait lui faire je ne sais quelle piqûre au coucher. On dégageait la grosse couverture et c'est là que l'on découvrait leurs mains unies sous les draps.
Cette période n'a pas dû être facile pour lui, face à toute cette famille, si nombreuse, il devait se sentir en quelque sorte s'effondrer. Il n'a pas eu à la supporter trop longtemps; il est très vite partit.
¿Cómo estará el viejito?
Maintenant elle est seule, et ma tante doit s'occuper d'elle, vieille et sans occupation, inutile. Elle ne sait plus quoi dire ni quoi faire, trouve son réconfort en remerciant Dieu à chaque fois qu'on parle au téléphone à travers l'Océan, ayant plus que jamais envie que cette vaste famille s'unisse par-delà les petits conflits quotidiens qu'elle trouve à présent désespérément dérisoires, parce que le temps passe. Et quand il aura passé pour elle, il n'en restera qu'une dans cet appartement de la banlieue fleurie de la capitale: ma tante.

C'est sur cette triste histoire que nous débattions, et de nos mélanges ont surgit nos opinions.
Voyageons.

Posté par Logan à 23:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Le choc des cultures

    Oui mais Dieu n'existe pas.

    Posté par hdn, 12 mai 2005 à 12:32 | | Répondre
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